Talents

NR2

Redha, pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Non. Je n’aime pas Hannibal.

Parlez-nous de NR2.
Je pourrais te répondre qu’Nr2 est le groupe algérien de chansons à textes, le plus profond, inspiré, original et déjanté depuis Elvis, Brassens, El Harrachi, Led Zeppelin et Metallica réunis, mais nous sommes bien trop modestes pour cela, tu nous connais.
Plus sérieusement, Nr2 c’est surtout Ramzy, Le guitariste de l’enfer, Faycal, le bassiste de ces dames, Hafsa, la violente violoniste à vélo,Hichem, le réalisateur de notre futur clip kamikaze, et moi-même, le chasseur de fausses-notes. Quatre jeunes qui se prennent des vents en jouant dans la rue et en essayant tant bien que mal de faire germer la graine de leur musique dans un terreau qui ne s’y prête pas forcement.
Mais on ne désespère pas.

Que pensez-vous de la scène culturelle algérienne ?
Si je t’évoque la période « Bled Music », ca ne te dira probablement rien vu ton âge.
Mais à cette époque pas si ancienne — le temps béni de Kg2, T34 et cie—, la scène algérienne débordait littéralement de créativité et de folie. Les jeunes avaient peu de moyens certes, mais se débrouillaient avec des bouts de ficelle pour faire vivre leur art, leur rêve, leur vie quoi.

On se souvient encore avec bonheur d’ « Assima »ou de « Boualem el far » pétris d’humour et de second degré, les artistes ne se prenaient pas au sérieux et surtout ils OSAIENT.

Ça a un peu changé de nos jours ou – à de rares exceptions — la mode est plus aux reprises sans originalité, au populisme bas du front, au conformisme frileux, au prêt à écouter et à la musique légère et formatée.
En continuant sur le mode du « c’était mieux avant », Je me souviens du temps ou on allait voir Arak, Atakor ou Litham,Je me souviens que les metalleux se connaissaient tous, qu’il n’y avait de bagarres que rarement, que les slams se faisaient fraternellement, que les gens headbanguaient au bon moment et connaissaient les morceaux par cœur, que les plus jeunes respectaient les « anciens », que les filles pouvaient venir aux concerts sans se faire toucher le popotin à chaque occasion…la aussi, niveau comportement, ca a beaucoup changé et pas dans le bon sens.

Que proposez-vous pour améliorer les choses ?
Etre curieux, exigeant, tendre l’oreille, cliquer au hasard sur des vidéos Youtube, aller aux concerts des groupes inconnus, ne pas être la victime d’un matraquage radiophonique ou d’une pression social, oser fumer l’herbe du voisin, elle est parfois bien plus verte que la notre.
En un mot comme en cent, ne pas être gourmand mais gourmet.

Si vous étiez une star nationale, qui voudriez-vous être et pourquoi ?
Le grand Hakim Salhi bien évidemment. Ce monsieur est une école, un modèle pour nous. Il a même chanté avec Hélène Segara, la chance.
Nous travaillons d’arrache-pied pour espérer, un jour, prendre un coup de soleil loin de la gigantesque ombre que son génie fait planer majestueusement sur la musique de notre pays.

Que proposez-vous aux jeunes artistes de la scène Underground ?
Ma foi, nous tentons de tourner en ce moment un clip très social, mégalomane et amateur et nous lançons un appel à tous les artistes qui ont du talent, qu’on ne voit jamais à la TV, qu’on n’entend jamais à la radio, qui refusent de se compromettre ou de faire de la léchouille pour avoir des scènes pour qu’ils se joignent à nous. We are not legion, but we’ll be!

Le mot de la fin ?
Tout comme nos concerts où les fausses notes ne sont pas remboursées, les fautes d’orthographe de cette interview ne le seront pas non plus.

AB.