Culture, Littérature

Malicieuse et perceptible, Maissa BEY: « Bleu, Blanc, Vert »

Elle s’est consacrée à l’écriture romanesque imprégnée d’un quotidien capricieux, inattendu, incontrôlé et surtout amer. On ne la juge que peu à travers les critiques littéraires algériennes, mais elle est là, elle nous marque par chaque phrase lue et par chaque paragraphe raconté. Elle narre des histoires qui frêle le monde réel. Progressiste à mon goût, futuriste à d’autres et naturaliste souvent, MAISSA BEY incarne la femme aux yeux souriants : malicieuse et perceptible.


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Elle est née non loin de Ksar El Boukhari. Elle a grandi sous le ciel algérois limpide et pourri de l’époque colonial. Elle a appris qu’elle était unique dès son plus jeune âge grâce aux blonds colons qui l’entouraient dans la cour de l’école.  Elle a appris à dire non et à dépasser les stigmates d’une société  répudiée,   massacrée, tuée, traitée d’indigène alors qu’elle en était l’autochtone.

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« Bleu, Blanc, Vert » ,livre édité en 2006, aux éditions AUBE, vendu dans les quatre coins du monde et interprété par les plus curieux metteurs en scène en pièce théâtrale, raconte la vie d’après indépendance d’une petite fille Leila et d’un petit garçon Ali que rien et tout lie jusqu’à la fin du monde par une histoire d’amour, de haine et de mépris pour ce qu’est devenue l’Algérie.

L’histoire commence par un fait aussi drôle que lugubre : la reforme à l’école et l’interdiction d’écrire avec le stylo rouge dès la reprise du pouvoir autochtone algérien après le départ des français.  De ce chapitre, on est traîné par  une vague de faits sociaux et familiaux qui ne diffèrent guère de ce que nous connaissons comme déflagration aujourd’hui.  Les familles s’installent toutes dans des habitations qui ne leur appartiennent pas et les immeubles, meubles et composants retrouvent une utilité nouvelle qui seuls les personnages du livre décrivent avec plein de précision.

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Je ne sais pas si l’admirable Maissa BEY projette un mal être enfui dans le plus profond de toutes les mentalités algériennes mais elle le fait aussi admirablement qu’on ne se lasse guère de regarder en essayant de deviner, de lire en essayant de transpercer chaque page et de découvrir les facettes cachées, taboues et parfois durement salies d’une Algérie qui sans le savoir et sans pour autant le vouloir se retrouve « transformée ».

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 « Bleu, blanc et vert » est sorti en 2006 et a fait le tour du monde. Il a été aussi adapté en pièce théâtrale par Christophe Martin entourait de Kheireddine Lardjam pour la mise en scène et les acteurs algériens : Malika Bel Bey, Larbi Bastam, Samir El Hakim.

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Maissa BEY nous subjugue par son talent et sa sensibilité. Professeur de lettres à Sid BelAbess, elle fonde l’association culturelle pour les femmes où livres et critiques se succèdent pour une unité, une unicité et une expression libre des femmes.  ‘Au commencement était la mer (2001)’ est la signature de son élan vers de nouvelles perspectives littéraires, échanges, quêtes et découvertes.

Edité aussi chez BARZAKH édition, « Bleu, blanc et vert » est  un must culturel et économique pour votre bibliothèque.

 

 

 [Nassila GHIDA.]