Études, Langue Française

Les dix erreurs de français à éviter

Le langage est un moyen de communication et comme celui des signes, des couleurs ou tout simplement du langage verbal, il est régi par des normes qui fixent des frontières à son usage.

Saussure parle d’un système abstrait de signes linguistiques, pour désigner  ‘le corps de la langue’, celui-ci est défini par différentes règles de différents types. Que ce soit grammaticale, lexicale ou orthographique ; involontaire, d’usage ou de prestige, l’erreur reste à éviter.

Avant de vous proposer quelques fautes courantes, faisons d’abord un aperçu sur ce concept.

Qu’est ce que c’est qu’une faute en linguistique et quelle différence y’a-t-il entre faute et erreur?

En linguistique, on considère comme fautif, tout « usage » non conforme aux normes implicites et explicites posées par une instance de régularisation officielle (les académies) à travers les dictionnaires, les manuels scolaires, les livres et écrits officiels, sans oublier les médias écrits et audio-visuels qui y jouent un grand rôle.

On parle alors d’une « faute » lorsqu’il s’agit d’une ‘erreur’ due au manque de compétences en face d’une quelconque situation linguistique, elle est commise généralement dans la langue seconde. On dit « erreur » à une ‘faute’ due à un manque d’attention, et celle-ci est commise même par les natifs.

Personne, n’est à l’abri d’une erreur ou d’une faute de langue, même les plus grands écrivains tombent dans ce piège, mais eux, ils commettent des fautes dites de prestige, un exemple entre-autres, l’usage de l’accent circonflexe.

Nous allons mieux comprendre grâce à ces exemples :

Erreur de compétence : toutes erreurs lexicales, grammaticales, syntaxiques, morphologiques, ou orthographiques.

Exemple :  sa ses un bon débus……. Correction : ça c’est un bon début.

Erreur d’inattention : l’oubli des S à la fin des pluriels par exemple.

Erreur de prestige : l’emplacement de l’accent circonflexe, ou l’accord des mots composés, la conjugaison aux temps complexes…

Maintenant passons à notre sélection de fautes courantes en français :

1.    ‘En faite’, « en fait » ou « au fait » ?

A l’écrit, la plus correcte des trois locutions c’est bien « au fait », parce que à part « en faite » qui est totalement erronée puisqu’elle est mal orthographiée,  l’usage de « en fait » est réservé spécifiquement à l’oral et il est totalement rejeté à l’écrit, et si c’est le cas, –ce qui est très rare- il est considéré comme une erreur acceptée par l’usage (transcrit dans les dictionnaires).

A l’oral « au fait » et « en fait » sont corrects mais l’usage est légèrement différent l’un de l’autre… « en fait » (contraction de « dans les faits »/en réalité) introduit une explication, une précision, une conclusion… alors que « au fait » (être aux faits de quelconques événements/qui plus est) apporte un élément supplémentaire…

Exemple : En fait, ce qu’on essaie de dire, c’est que la principale différence est le contexte amené par l’un et l’autre… au fait, il faut se rappeler que le français est souvent capricieux quant à certains usages…

2.    « Censé » ou « sensé » ?    * Cf. Le dictionnaire Larousse.

Censé, dans le sens de : supposé:

On utilise censé dans le sens de l’expression être censé faire quelque chose qui signifie « être supposé le faire ». Censé est toujours suivi d’un infinitif.

Exemple : Nul n’est censé ignorer la loi.

On peut s’assurer que l’on doit écrire censé si on peut le remplacer par supposé.

Sensé dans le sens de : réfléchi:

On écrit sensé avec un s quand il s’agit de l’adjectif qui signifie « qui a du bon sens, qui est réfléchi ».

Exemples : Un homme sensé n’aurait pas agi ainsi.

Ces paroles sensées me rassurent.

C’est très sensé ce que vous dites.

En gros, « on est censé écrire « sensé » lorsqu’il s’agit de quelque chose de raisonnable, tandis qu’on est sensé écrire « censé » lorsqu’on fait référence à une obligation ».  David Madore.   

3.    « Que je connais » ou « que je connaisse » ?

L’emploi du subjonctif dans ce cas est déterminé par le contexte (situation de l’énonciation), il peut être correct dans ses deux usages, mais il faut qu’il remplisse des critères, tel qu’ils sont indiqués dans cette citation de Jacques Cellard, dans « Comment l’écrire, comment l’employer »  ouvrage paru dans les éditions Duculot, 1978.

Il dit  à ce propos: « Quant aux emplois du subjonctif, il n’est pas excessif de dire qu’ils sont davantage déterminés par notre instinct de la langue que par des règles formelles. Les hésitations que nous avons de temps à autre entre l’indicatif et le subjonctif dans telle ou telle configuration particulière de la phrase ( je suppose qu’il vienne, ou qu’il vient demain ) reflètent le plus souvent la possibilité d’employer l’un ou l’autre sans incorrection, pour rendre une nuance plus fine de notre pensée. »

Voici deux exemples pour mieux comprendre :

–          « Donne-moi un genre de poésie que je connais »  mon interlocuteur ne citera que les genres de poésie que je connais.

–          « Donne-moi un genre de poésie que je connaisse »  la réponse de mon interlocuteur comportera un doute, je ne connais pas forcément tous les genres de poésie qu’il va citer.

4.    « Merci de » ou « merci pour » ?

Même si ’il est préférable d’opter pour la première locution, les deux expressions restent correctes mais dans les contions suivantes :

On écrit « merci de  » :

–          Lorsqu’il est suivi d’un verbe à l’infinitif  (merci de corriger l’expression, merci de faire le nécessaire, merci de voir avec le directeur…)

–          Lorsqu’il est suivi d’un nom ou d’un groupe nominal, un adjectif possessif (merci de votre visite, merci du conseil…)

On écrit « merci pour » :

–          Lorsqu’on désigne une chose concrète (merci pour le gâteau) non pas merci du gâteau.

Lorsqu’il est suivi de l’adverbe tout (merci pour tout)

Autres possibilités : merci à toi, merci à toutes et à tous.

5.    Accord de « tout »

L’adverbe « tout » s’accorde devant un adjectif féminin ne commençant pas par une voyelle (ou un « h » muet) : on écrit donc « la Terre tout entière » mais « la Terre toute bleue ». Ceci ne concerne pas « tout » en tant qu’adjectif (« toute erreur est blâmable »), qui est régulier.

6.    «  Ils croivent »

Ce verbe mal conjugué, on l’entend de plus en plus et même dans les pays francophones, de la bouche même des natifs, sans qu’on sache qu’il est totalement erroné, et je présume que l’on a utilisé cette conjugaison pour la première fois dans le but de distinguer le singulier du pluriel  à l’oral, mais il faut rayer carrément ce néologisme qui ne peut prendre part dans un dictionnaire. Il est important de le conjuguer correctement : ils croient, pour ne pas confondre, il faut attendre la fin de la phrase pour voir s’il est au singulier ou au pluriel.

7.    « Malgré que le fait » 

« Malgré que » ne doit s’employer qu’avec le verbe avoir  (malgré qu’il en ait, malgré qu’ait)  ; « malgré que le fait » par contre est totalement une utilisation fautive, il faut plutôt  dire « malgré le fait de  ».

8.    «  Comme même » 

Une autre faute répandue, qu’on utilise trop souvent, une déformation de quand-même pour l’écrire de manière erronée, en linguistique on parle de « barbarisme ».  Allez ! un petit effort quand-même !

9.    « Ce n’est pas la paine »

‘Paine’, est un anglicisme (the pain), un usage fautif, dû à une confusion ou à l’habitude d’écrire en anglais, le mot correct est peine.

10« C’est moi qui est »,  « c’est moi qui a » 

La cerise sur le gâteau ! Une erreur à surtout ne pas faire, tout simplement parce que moi correspond à « je » et les verbes être et avoir doivent se conjuguer correctement.

Correction :

moi qui suis, toi qui es, lui qui est, nous qui sommes…

moi qui ai, toi qui as, lui qu’il a, nous qui avons …

Exemple : j’ai de la fièvre = c’est moi qui ai de la fièvre ; je suis responsable de ce que je dis = c’est moi qui suis responsable de ce que je dis.

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Citation de la semaine
« Ma conviction profonde et constante est qu’il ne sera jamais possible de libérer la lecture si, d’un même mouvement, nous ne libérons pas l’écriture. »

Roland Barthes

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 Article rédigé par: Massinissa Ait Idir