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Critique ciné : Cartel [The Counselor]

Partant d’un scénario original de Cormac McCarthy et un casting magistral, Ridley Scott signe une fable froide et cruelle sur la cupidité et ses conséquences, singulièrement tragiques.

Cormac McCarthy au scénario. Ridley Scott à la réalisation. Michael Fassbender, Cameron Diaz, Javier Bardem, Penélope Cruz et Brad Pitt à l’interprétation. C’est sûr, le générique fait rêver. Le propos, très brillant. Qui plonge en apnée dans les eaux répugnantes du crime organisé, sa loi de la jungle et ses méthodes féroces. Un milieu vénéneux dont un avocat cupide et arrogant (Michael Fassbender) croit pouvoir tirer profit sans retour de bâton. Avant de réaliser qu’il vient de mettre les pieds dans une impitoyable machine à broyer des vies, laquelle semble devoir inexorablement se refermer sur lui…

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Synopsis :

La descente aux enfers d’un avocat pénal, attiré par l’excitation, le danger et l’argent facile du trafic de drogues à la frontière americano-mexicaine, mais qui découvre qu’une décision trop vite prise peut le faire plonger dans une spirale infernale, aux conséquences fatales.

Ridley Scott : « Des dialogues absolument brillants »

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Ridley Scott insiste, lui, sur la qualité du texte de McCarthy. « Un texte qui est fondé sur des dialogues absolument brillants. En découvrant le scénario, je prenais un plaisir immédiat et intense à imaginer la mise en images. Lorsqu’il a fallu chercher des acteurs, ce fut la chose la plus facile au monde. Quand un texte est de cette qualité, vous ne pouvez pas essuyer de refus. »

Scott n’élude pas la très grande violence de son film. Mais, dit-il, en évoquant le phénomène glaçant des snuff-movies (films mettant en scène la torture et le meurtre de personnes), »cette violence existe, tout comme le business des snuff-movies existe dans la réalité. Ce sont des faits. Sur ce point, on n’est pas dans la fiction. Et d’ailleurs tout ce que vous voyez dans ce film existe dans la vraie vie. »  Perçoit-il son film, dont le sujet est l’ultra-violence du milieu de la drogue, comme un avertissement aux jeunes générations ? Il hésite. « Je n’aime pas trop l’idée de l’avertissement, qui tendrait à laisser croire que le film est ennuyeux, ce qu’il n’est pas, me semble-t-il. Mais il est évident que ce film est un conte moral, oui. »

De la science-fiction ( AlienBlade runner ) au thriller, au péplum ( Gladiator ) et bientôt au film biblique (Exodus , son projet le plus ambitieux, dit-il), la palette de Ridley Scott est décidément bien large. « Et ce n’est pas tout. Je voudrais bien faire un jour un western, une comédie musicale, un film de pirates… Pour moi, la clé est de continuer sans cesse de bouger, de voyager, de s’essayer à de nouvelles choses. »

Penelope Cruz : « La violence montrée nous fait mal »

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Penelope Cruz ne cache pas s’être posée pas mal de questions sur l’usage que Ridley Scott ferait d’un thème si clairement violent. « J’ai refusé beaucoup de films à cause de l’utilisation parfois malsaine qu’on y faisait de la violence, souvent traitée à la façon comme un jeu vidéo. Ici , la violence montrée nous fait mal. Et est donc filmée avec beaucoup de conscience, de responsabilité. À la fin du film, je ne pense pas du tout qu’on ait envie de faire partie de ce jeu. »

La star espagnole, compagne à la ville de Javier Bardem, évoque la méthode de travail de Ridley Scott. « Avec lui, et en amont, on prend d’abord beaucoup de temps pour parler. Il nous donne des informations. Puis, il se retire, nous laissant à notre préparation d’acteur. Vient alors le moment du tournage. Ridley y est extrêmement sérieux, très professionnel, mais en même temps très relax… et ouvert à ce que l’inspiration du moment apportera peut-être, ce qui est très gratifiant pour un acteur. Il incorpore véritablement les impondérables ou les surprises qui sont le lot d’un tournage. Cela donne une fluidité au travail que l’on fait. On peut aussi lâcher prise, ce qui n’est pas rien quand on attaque uns scène comme celle de la demande en mariage que me fait Michael. »

Michael Fassbender : « C’est admirable de voir Ridley travailler »

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Michael Fassbender joue le rôle du « counselor » : un avocat (trop) sûr de lui et vaniteux dont on ne connaîtra jamais le nom. « Ça ne m’a pas déplu, cet anonymat. On en trouvait jadis dans Le Samouraï , ou The man with no name , avec Clint Eastwood. Cormac ne m’a jamais donné la raison de cette énigme. Pour un acteur, avoir pour outils les mots et dialogues très rythmés et musicaux de Cormac McCarthy, c’est du caviar. »

Si 2012 fut l’année de sa révélation, notamment avec Shame , la fin de cette année et le début de 2014 devrait apporter la consécration hollywoodienne de Michael Fassbender. L’acteur germano-irlandais vient d’enchaîner trois rôles majeurs. Après celui de Ridley Scott, on le verra bientôt dans Twelve years a slave , le film de Steve McQueen déjà favori aux Oscars, puis chez Terrence Malick ( Knight of cups ). Je l’invite à comparer les méthodes de ses trois maîtres : « Terrence et Ridley ont plus ou moins le même âge. Ils ont cette invraisemblable énergie des gens de la génération de l’après-guerre. Ce sont des chefs d’orchestre qui savent tout de chaque instrument de l’orchestre. C’est admirable de les voir travailler. Steve a changé ma vie. C’est un artiste absolu. Les trois cinéastes que vous citez ont un point commun : chacun d’eux exige le maximum de vous. Et de chaque département du film. Ce sont de purs leaders, constamment présents sur le plateau. Mais vous pouvez aussi compter sur eux : ils ont ce talent, cette humanité pour vous insuffler de la confiance. Ils sont habités par une vraie passion. »

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